Par Sylvie Chevrier.
Entre théorie et pratique.
Je souhaite donc confronter certaines représentations du conseil
issues de la littérature- ouvrages théoriques ou
témoignages de consultants - et la mission telle qu’elle
est vécue surle terrain. Dans un premier temps je parlerai de la
prestation “idéale" - celle dont le consultant peut rêver -, et je mettrai en regard quelques points
théoriques, pour voir dans quelle mesure l’idéal et
la théorie coïncident ; ensuite, j’essaierai
d’éclairer ce déroulement idéal par quelques
éléments tirés d’une modeste
expérience de trois ans dans le métier du conseil en management au sens de
l’accompagnement du changement dans les entreprises.
Le besoin réel
Dans l’idéal, une mission de conseil démarre
à l’initiative du PDG d’une grande entreprise -
disons qu’il se nomme M. Clairvoyant. Il appelle notre
associé et lui expose son problème : « nous
étions jusqu’à présent leader
dans notre spécialité, et un concurrent, hier
insignifiant, nous grignote de plus en plus de parts de marché ;
il faut que l’on se voie ».
Au cours d’un déjeuner, l’associé va se
livrer avec lui à un travail de maïeutique pour passer de
la demande exprimée au besoin réel.
Le besoin exprimé
Les chercheurs ayant étudié les consultants, ou les
consultants eux-mêmes, font tous état de cet écart
entre la demande et le besoin. Il y a plusieurs façons de
l’énoncer :
- selon une métaphore médicale, le client vient avec les
symptômes ; il va s’agir de découvrir la maladie, parce que c’est elle qu’il faut soigner ;
- les consultants d’obédience plutôt
psychosociologique parlent de la pseudo-demande et ensuite de la
construction de l’objet de l’intervention;
- ceux qui ont un profil d’ingénieur-conseil parlent de la
question simple posée par le client et du problème
complexe réel qu’il faut traiter.
Selon Faïz Gallouj, il y aurait à l’origine le besoin
abstrait, celui qui correspond en fait au besoin du marché, un
besoin théorique ; ce besoin serait interprété par
les personnes de l’entreprise, et il y aurait alors,
dérivé de ce besoin abstrait, un besoin perçu ou
ressenti, et, enfin, celui qui est finalement exprimé.
Évidemment entre ces différents niveaux il y a une perte
en ligne qui fait passer du détail à la silhouette, et
qu’il va falloir compenser : le consultant et
l’associé vont essayer ensemble de reconstruire le besoin
pour tenter de se rapprocher du besoin abstrait,
c’est-à-dire du vrai besoin.
Un faux problème
Tout le monde s’accorde sur le fait qu’il ne faut pas
répondre à la demande telle qu’elle est
formulée : elle désigne déjà des
responsables, elle oriente vers des solutions, mais ce sont en
général de fausses pistes. Selon Gilles Arnaud, si on
répond à la demande exprimée, on résout un
faux problème, “ perspective peu attrayante pour un
consultant non clientéliste ”. Alors que les consultants,
les plus célèbres d’ailleurs, exhortent les
entreprises à mettre le client au centre de leur organisation,
ils ne respectent pas eux-mêmes cette recommandation puisque,
clairement, dans le métier du conseil, le client n’est pas
roi, sinon le consultant se compromet et devient clientéliste.
En forçant un peu le trait, on pourrait dire que le consultant
répond à la question qu’il se pose lui-même
en s’inspirant du cas du client.
Le vrai problème
Il faut donc faire un travail d’éclaircissement avec le
client pour l’amener à se rendre compte de son besoin
réel. Je cite un consultant d’un grand cabinet : «
Je passe du temps à faire mûrir les gens sur leur
question, et à les convaincre de renoncer à leurs
solutions toutes faites ; cela marche quand les gens ont essayé
toute la panoplie des solutions prêtes à l’emploi,
et qu’ils attendent autre chose, mais on sent parfois qu’on
ne peut y parvenir, et il faut passer alors à des
confrères qui vendent des solutions », sous-entendu, du
conseil au rabais. Autrement dit, si le client n’admet pas que le
problème est plus complexe qu’il ne le dit, il faudrait
renoncer à la mission.
Un cas idéal
L’associé se livre donc à ce travail de
maïeutique avec M. Clairvoyant ; il lui montre aussi que le
problème va nécessiter plus de temps et de moyens que
prévu initialement : en effet, il ne s’agit pas seulement
d’un concurrent devenu dangereux, mais plus fondamentalement
d’un problème de repositionnement de l’entreprise
sur un marché en profonde mutation, donc un chantier
d’envergure. On lève les malentendus et ce travail est
facilité par le désir de M. Claivoyant d’avoir un
regard lucide sur la situation de son entreprise. Il a, bien entendu,
les moyens financiers de ses ambitions et va donner toute
liberté d’action au consultant pour rencontrer ses
collaborateurs, poser le diagnostic, et faire des recommandations.
La constitution de l’équipe
L’associé constitue alors son équipe : il nomme un
chef de projet et quelques consultants, y compris des juniors pour
faire le travail de terrain. Comment les choisit-il ? En dosant
soigneusement la complémentarité des qualités des
uns et des autres. Mais quelles sont les qualités du consultant
idéal ? M’inspirant de l’ouvrage de Guy Minguet :
Devenir consultant junior 3, et aussi du guide de la profession : Le conseil en Management
de Milan Kubr4, j’en ai constitué une liste dont voici les
points les plus significatifs. Ses qualités intellectuelles
rendent le consultant apte à observer et évaluer les
faits, à apprendre rapidement et facilement. Il fait preuve de
discernement, et sait notamment distinguer l’essentiel du
superflu (donc écarter le non-facturable…). Son
raisonnement est inductif et déductif. Il capitalise l’expérience. À l’aise dans
l’expression écrite et orale, il est maître dans
l’art de la reformulation, de la synthèse et de la
généralisation. Sa méthode est sûre, son
imagination créative et sa pensée originale. Ses qualités relationnelles l’aident à comprendre
ses interlocuteurs et à travailler avec eux. Il se sent à
l’aise dans les contacts humains. Son empathie, sa
capacité d’écoute, son respect d’autrui lui
permettent de gagner la confiance et d’être lui-même
respecté. Son adaptabilité et son aptitude à
prévoir et évaluer les réactions humaines
contribuent à l’exercice de son art de la diplomatie. Le
consultant doit être intellectuellement et
émotionnellement mature. Son indépendance lui permet de
tirer des conclusions objectives. Il résiste aux pressions,
surmonte les déconvenues et les incertitudes. Il est en toute
situation calme, équilibré, maître de soi. Sa
crédibilité lui permet d’être persuasif et de
favoriser la motivation chez ses interlocuteurs. Il est apte à
l’enseignement. C’est aussi un “battant” :
animé par une saine ambition, il fait preuve
d’énergie et d’initiative. Confiant en soi, fort de
son esprit d’entreprise, il est persévérant dans
son action. Tout en restant pragmatique (“le client connaît son
métier”), il a le sens de la productivité et de la
rentabilité dans la mise en oeuvre. Il fait preuve d’éthique et
d’intégrité : son désir d’aider autrui
est sincère, son honnêteté totale ; il
connaît les limites de sa compétence et tire les
leçons de ses échecs. Enfin sa santé, physique et
mentale, lui permet de supporter les conditions pénibles de
travail et de vie des consultants en management. Ainsi le conseil se
positionne clairement comme une prestation intellectuelle et comme une
relation, mais pas vraiment simple, parce qu’il y a une
asymétrie en faveur du dirigeant sur le fonctionnement de
l’entreprise. Edgar Schein dit que lorsqu’un
président fait appel à un consultant, il montre de ce
fait son incapacité à résoudre lui-même la
difficulté ; le consultant
doit rester modeste et faire en sorte que son client ne perde pas la face.
La rédaction de la proposition
Une fois l’équipe constituée, on rédige la
proposition. Comment fait-on ? Je m’inspire ici des pratiques des
grands cabinets.
Le rédacteur est généralement un junior. Le texte
précise l’espérance de gains assortis à la
mission pour rendre le profit déjà perceptible et presque
concret. La méthodologie est présentée, ainsi que
les références des personnes qui vont intervenir, en leur
prêtant des compétences qui ne sont pas seulement les
leurs, mais aussi celles capitalisées par les autres membres du
cabinet. C’est donc en réalité une
compétence d’équipe qui est mise en valeur. Le
budget est évidemment indiqué, bien qu’il y ait
encore une grande incertitude sur ce qu’il faudra faire. On
aboutit ainsi à une proposition très
détaillée (environ 150 pages). C’est
l’associé qui la signe.
M. Clairvoyant, en la lisant, se sent enfin compris. Il nomme un
comité de pilotage, envoie une lettre de confirmation et verse
un acompte. La mission peut commencer.
Le travail de terrain
En vue du diagnostic, on va en premier lieu conduire des entretiens
dans l’entreprise. Contrairement à ce qui se passe
habituellement, ce ne sont pas des jeunes qui ont à rendre des
comptes à une hiérarchie plus âgée ; en
effet, les différents responsables vont devoir échanger
sur un pied d’égalité avec un consultant souvent
plus jeune ; ce sont ses compétences sociales qui vont lui permettre de gommer les difficultés liées
à cette inversion des rapports. Cette situation justifierait,
selon certains, l’attrait qu’exerce l’activité
de conseil, puisqu’elle donne plus rapidement qu’en
entreprise l’occasion de fréquenter des niveaux
hiérarchiques élevés. Au fur et à mesure de
l’avancement du travail préliminaire sur le terrain, il y
a quelques retours vers le comité de pilotage, mais on en dit le moins possible :
sur le fond, on reste provisoirement sur la réserve.
Les types de mission
En fait, quatre grands types de missions sont décrits dans la
littérature, selon une typologie simple qui les présente
selon deux paramètres :
- le degré de participation du consultant à la mise en oeuvre ;
- le mode d’interaction du consultant avec son client.
1) Le consultant s’investit très peu dans la mise en
oeuvre, et l’interaction avec le client se joue sur le mode de la
sous-traitance : c’est alors du conseil au sens strict - on est
dans une logique d’architectes et d’analystes qui apportent
leurs outils, leur savoir-faire et leur temps -, mais c’est le
client qui définit très précisément la
mission ; c’est une logique d’exécution.
2) Le consultant s’investit très peu dans la mise en
oeuvre, mais le mode d’interaction avec le client est plus dense
: c’est encore du conseil au sens strict, mais le consultant va
aussi participer aux grands choix d’orientation ; c’est une
mission de type copilotage.
3) Le consultant s’investit dans la mise en oeuvre, mais sans
être partie prenante aux décisions : il prend en charge la
conduite d’un changement ou d’un travail
décidé par le client ; c’est de
l’ingénierie projet.
4) Le consultant est à la fois investi dans la mise en oeuvre et
partie prenante aux décisions : c’est plutôt une
logique de partenariat avec l’entreprise. Ce dernier cas
constitue le conseil par excellence, dans une totale interaction. Il
faut alors cumuler des qualités relationnelles importantes - on
est dans une logique de coproduction -, et des qualités
intellectuelles assez sophistiquées puisque l’on se situe
à la fois en amont et en aval ; de plus il faut faire travailler
des généralistes et des spécialistes, sous la
houlette de plusieurs patrons internes et externes, avec de nombreuses
situations de conflits potentiels à gérer.
La rédaction du rapport
Lorsque le travail de terrain est terminé, on rédige le
rapport qui servira de support à la présentation des
résultats. Selon les grands cabinets de conseil, il doit
être construit autour d’une story line, une sorte de
scénario où l’ensemble des remarques fondamentales
sont présentées de manière déductive pour
remporter l’adhésion. Elles sont étayées par
des graphiques, des exposés, des estimations : la quantification
donne le sens du concret. Le rapport étant le fruit d’un travail par définition
collectif, aucune touche personnelle ne doit y être
décelable. Il ne sortira du cabinet qu’après avoir
été relu et longuement peaufiné par un ou
plusieurs associés.
La présentation du rapport
La présentation du rapport se fait sous la forme d’un
show, et comme on s’est bien gardé de
révéler auparavant les résultats fondamentaux de
l’enquête sur le terrain, l’effet de surprise joue
à plein et met bien en évidence l’idée
nouvelle du consultant, son concept. Généralement le
rapport est bien accueilli et ce travail va inciter M. Clairvoyant
à formuler une demande d’accompagnement dans la mise en
oeuvre des recommandations qui lui sont faites. Le consultant ne peut
qu’en être satisfait, puisqu’une nouvelle mission est
en train de se profiler.
Les critères de réussite
Une mission de conseil sera considérée réussie par
le client s’il constate un résultat positif pour lui : des
performances nouvelles et / ou l’appropriation de
capacités, de systèmes ou de concepts nouveaux.
Du côté du consultant, c’est plutôt au niveau
du processus que la mission est évaluée. A-t-elle
été correctement définie ? Est-on bien parvenu
à passer de la demande exprimée au besoin réel ?
Le climat a-t-il permis la confiance mutuelle entre les partenaires ?
La mission a-t-elle débouché sur une nouvelle mission ?
Quelques expériences
En réalité c’est rarement le PDG qui appelle, mais
plutôt le niveau opérationnel confronté à la
difficulté ; un des enjeux de la mission consiste alors à
remonter dans l’échelle hiérarchique pour atteindre
les niveaux pertinents de décision.
Répondre à la demande
Convaincus que les clients évaluent toute mission en fonction de
la correspondance entre le travail accompli et leur besoin
“réel”, nous avons dans un premier temps longuement
écouté les demandes, posé de nombreuses questions
et rédigé des propositions dans lesquelles nous
reconstruisons le besoin à partir de la demande exprimée.
À la lecture de nos offres, les clients étaient souvent
perplexes : certes ils suivaient le fil de notre propos et pouvaient
être convaincus par notre élucidation de leur situation,
mais il y avait un écart entre ce qu’ils
s’étaient imaginé et notre démarche, et ils
revenaient finalement à leur demande initiale. Nous avions
également des clients qui nous remerciaient très
sincèrement pour notre proposition : « vous nous avez
permis de prendre de la hauteur, merci pour votre point de vue
stratégique, nous voyons les choses autrement, mais nous avons
retenu votre concurrent ! » Nous avons rapidement compris que si,
à la fin de la mission, le client l’évalue
peut-être en fonction du degré de satisfaction de son
besoin réel, il est clair qu’au début, pour ce qui
relève du choix du consultant, c’est la correspondance entre la
proposition et la demande exprimée qu’il évalue.
D’autant que si on en vient au besoin réel, même
s’il est convaincu qu’il faut faire évoluer la
demande, l’accroissement des moyens à mettre en oeuvre
fait qu’il ne suit pas toujours. Un principe de
réalité impose donc au départ de coller à
la demande.
Évoluer ensuite
Cela dit, pour dépasser la médecine qui ne traite que le
symptôme, nous restons décidés à faire
évoluer la demande et dérouler le fil, mais cela prend du
temps. Le résultat est que nous travaillons en permanence dans
l’ambiguïté ; au début, la
représentation de la mission chez le consultant et chez le
client n’est pas tout à fait la même, et c’est
au fur et à mesure de son accomplissement que les visions convergent : celle du client selon les
horizons qu’on lui ouvre et aussi celle du consultant, en
fonction de sa découverte de l’entreprise. Ainsi, il faut
souvent plusieurs missions successives pour mieux appréhender la
réalité et faire évoluer les choses.
Une lucidité qui dérange
On recourt au consultant pour avoir un point de vue extérieur
impartial. Mais un regard lucide n’est pas toujours le bienvenu.
Le consultant, parfois considéré comme le fou du Roi,
doit être vigilant dans la manière d’énoncer
“les vérités” pour ne pas passer de ce statut
à celui de
courtisan. Une des façons de gérer cette situation est de
travailler à plusieurs et selon des registres différents.
Ainsi, l’associé peut rester sur celui de la relation
(“je vous ai compris”), tandis que le consultant avance un
point de vue un peu plus impertinent ; ou bien à
l’inverse, l’associé va, dans des relations
informelles, se laisser aller à énoncer quelques
vérités
dérangeantes, pendant que le rapport relativement
émoussé du consultant circule dans l’organisation ;
dans les deux cas le message est quand même passé.
Coproduction et restitution de la parole
Nous essayons de travailler en coproduction avec l’entreprise,
partant du principe que la plupart des solutions s’y trouvent
déjà. Même si elles doivent évoluer, il est
toujours intéressant que ceux qui devront réaliser les
changements participent à leur définition, ce qui
permettra de gagner beaucoup de temps dans la phase de
réalisation. Nous mettons donc en place, avec la direction, des
groupes de travail à qui nous donnons la
parole sur le thème à débattre ; nous les
écoutons, mais la direction aussi les écoute. Ensuite,
nous restituons le travail des groupes en le mettant en perspective.
L’effet magique de la restitution de la parole est tout à
fait frappant dans les entreprises françaises, et ce genre de
démarche confirme à quel point les gens sur le terrain
peuvent avoir des idées. Mais si dans l’entreprise il
n’y a pas de processus organisé pour faciliter cette
remontée de l’information, ou de savoir-faire pour la
formaliser, ou même tout simplement de temps à y
consacrer, alors ce capital d’idées est perdu.
Le rapport au temps
Quand un client vient nous voir c’est généralement
très urgent. En réalité cette urgence semble assez
relative ; le planning prévisionnel que l’on cherche
à respecter du mieux possible, parce que le client y tient,
glisse presque toujours de son fait, car il est confronté
à de nouvelles urgences, ou des changements d’organisation
; du reste quand le porteur du projet s’en va,
généralement le projet s’évanouit, ce qui
montre à quel point le client n’est pas l’entreprise
mais une personne.
La direction à suivre
Quand on arrive à mobiliser les responsables, les projets
avancent. Contrairement à ce qui pouvait être
observé dans les années 1960 ou 1970 où les
rapports des consultants restaient dans les tiroirs, ils jouent
aujourd’hui un rôle très important : la restitution
du travail des groupes est très souvent considérée
comme une référence, les gens s’en servent et y
sont assez attachés, et les rapports successifs font que tout le
monde finit par suivre une même direction.
La mise en oeuvre
Le consultant peut accompagner la mise en oeuvre proprement dite, mais
les leviers principaux sont du ressort de l’entreprise.
C’est là un écueil pour le consultant qui a
tellement travaillé avec l’entreprise que lui-même
tient beaucoup à la concrétisation des recommandations et
il doit veiller à ne pas vouloir poursuivre coûte que
coûte lorsque la direction est passée à
d’autres urgences : le consultant ne peut pas et ne doit pas se substituer à l’entreprise.
L’appropriation par le client
La coproduction aboutit généralement à une
solution bien adaptée à l’entreprise, et donc le
client n’a aucune difficulté à se
l’approprier. L’effet pervers est qu’il a le
sentiment de l’avoir trouvée lui-même et que
c’était simple. Du coup il n’est pas vraiment
prêt à reconnaître l’apport du consultant, il
se plaint du prix à payer, parfois même il est
tenté de renégocier le contrat. Certes tous les clients
ne rechignent pas à payer les factures après une mission,
mais presque tous, lorsqu’ils ont bien compris le processus et se
sont approprié la solution, nous annoncent qu’ils vont
désormais se passer de nous. Or la plupart du temps, sans
l’apport extérieur, le travail de formalisation et la
structuration du processus ne se fait pas faute de disponibilité
de compétences internes ; on retombe dans le quotidien.
On dit aussi que les consultants vendent du conseil, mais ceux qui y
parviennent sont rares, parce que le conseil du style
“eurêka” - la bonne idée ou la vision juste
permise par un regard extérieur - n’est pas l’apport
essentiel, ou plutôt ce n’est pas cet apport-là qui
est payé, mais
une méthode, du temps passé, et en cela on peut
comprendre la volonté de grands cabinets de rendre tangible
l’intangible à travers une proposition de cent cinquante
pages.
La difficile relation de conseil
La relation de conseil, est toujours à la frontière entre
le compromis et la compromission, l’écoute empathique et
l’allégeance, le regard lucide extérieur et
l’investissement personnel excessif. Tout consultant a bien
sûr de puissants principes éthiques et
méthodologiques, mais l’exercice de ce métier ne
peut se faire dans l’intransigeance. C’est finalement dans
la mesure des concessions consenties que ces principes pourront
être affirmés.
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Sylvie Chevrier
Maître de conférences en gestion à l’Université de Marne
la Vallée, elle enseigne le management interculturel, la
gestion des ressources humaines, la conduite du changement et l’introduction
générale à la gestion.
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