Par Frank Vermeulen.
Le rapport final de l’étude,
réalisée entre mai et octobre 2001 par FVA Management,
met clairement en évidence quatre points principaux : 1) la
notion de satisfaction du client dans le cas de MEDICA France ; 2) les
différentes utilisations possibles du baromètre et ses
usagers ; 3) les modalités pratiques de mise en œuvre
d’enquêtes de satisfaction dans les établissements ;
4) ainsi que les perspectives d’évolution.
1 – La notion de « satisfaction du client » dans le cas de MEDICA France
La satisfaction des clients hospitalisés est une
préoccupation constante dans les établissements de soins.
Cependant, si la notion de satisfaction est largement utilisée,
elle est rarement définie. L’analyse de la
littérature ne permet de recueillir que des
généralités. Selon l’OMS, « la
satisfaction du patient peut être considéré comme
un résultat des soins et même un élément de
l’état de santé lui-même ».
Dans le cas de MEDICA France, l’étude terrain
révèle que la « satisfaction du client » se
joue sur plusieurs registres dont le poids varie suivant le statut des
personnes impliquées dans la prestation de service : les
bénéficiaires, les prestataires, les familles, les
autorités de tutelle, les prescripteurs, le grand public, etc.
a) La notion
de « client » appartient au registre du langage
économique, celui de la valeur marchande et des
opérations financières. Bien que le rapport
qualité-prix revête une importance certaine pour le
client, entendu au sens de « celui qui paye », le terme
client en lui-même ne remporte pas une adhésion forte de
la part des résidants, surtout dans les maisons de retraite. Les
personnes âgées sont très sensibles aux dimensions
relationnelles et identitaires ; idéalement, elles aimeraient se
sentir en famille et considèrent la résidence comme leur
maison. Réciproquement le personnel met l’accent sur le
fait qu’il ne faut pas s’arrêter aux aspects
techniques de son métier, mais que « il faut aimer les
personnes ». Les termes « client » et son corollaire
« fournisseur » ont une connotation qui les effraye un peu
et devrait être compensée par une communication
adaptée.
b) La
« satisfaction » est une notion fondamentalement relative
et influencée par le référentiel et les valeurs
propres à chacun. Pour diminuer le caractère subjectif de
l’appréciation du client hospitalisé, surtout dans
un contexte de perte de pouvoir, le personnel interrogé estime
que la satisfaction devrait s’évaluer par rapport aux
moyens dont dispose l’établissement, et par rapport
à d’autres établissements. Aujourd’hui le
client n’aurait que très peu de possibilités pour
apprécier cette réalité. En outre, les
réticences exprimées à cet égard
témoignent d’une crainte du personnel d’être
évalué sur des bases fausses, au risque de tuer toute
motivation.
c) Le
personnel, considéré dans son ensemble, possède
une bonne connaissance des satisfactions et insatisfactions des
résidants. Ceux-ci en effet parlent les uns aux autres et les
informations sont raisonnablement susceptibles de remonter
jusqu’au directeur d’établissement. En principe, un
directeur de centre devrait avoir une bonne idée de ce
qu’il en est dans son établissement, sans avoir recours
à un baromètre. Celui-ci devrait donc plutôt
être un indicateur, un élément extérieur, un
outil parmi d’autres qui est néanmoins susceptible de
diminuer la part de subjectivité inhérente à
l’appréciation de la satisfaction des clients.
d) Très
concrètement la notion de « client » est une
entité trop réductrice pour rendre compte des divers
aspects qui déterminent la satisfaction du patient ou du
résidant, de la famille et des éléments
extérieurs comme la tutelle, les prescripteurs, les
collectivités territoriales, le grand public, etc.. Sans oublier
les équipes de MEDICA France dont les motivations au travail
rejaillissent directement sur le niveau de satisfaction. De son
côté, la satisfaction s’exprime sur plusieurs
registres différents qui peuvent se distinguer très
nettement : le registre technique et médical, le registre
économique, et le registre relationnel au sens large. Chacune
des parties qui participent au sentiment de satisfaction est sensible
différemment à ces trois dimensions. Un tableau
synthétise les principaux critères à prendre en
considération pour mesurer la satisfaction des personnes selon
leur statut (Tableau 1).
2 - Les attentes et les utilisations possibles du baromètre de satisfaction
Aussi bien la Direction Générale que les Directeurs des
Établissements attendent la mise en place d’un
baromètre, mais les usages qu’il est possible d’en
faire ne sont pas perçus de la même manière.
Au niveau des directeurs de centre, elles se déclinent en quatre
points nettement différenciés, qui correspondent à
quatre types de situation auxquels les directeurs sont
confrontés dans la gestion quotidienne de leur
établissement : la communication commerciale, par exemple pour
illustrer le niveau de qualité de leur établissement
à l’appui des appréciations des résidants,
ou pour répondre à un client qui se plaint au
téléphone ; le juridique, du fait notamment que
l’ARH recommande avec insistance qu’un baromètre
soit mis en place au sein de l’établissement ; le
management, pour connaître les dysfonctionnements dans
l’établissement et motiver les équipes
concernées ; la satisfaction du client, en montrant que
l’on se soucie de son avis.
Au niveau de la direction générale, une utilisation est
fortement attendue dans le domaine de la communication
institutionnelle, notamment vers le monde financier, et la
communication commerciale (le juridique et le souci de tenir compte des
avis du client seront intégrés comme arguments de
communication) ; une seconde utilisation est attendue dans le domaine
du management, et notamment dans le positionnement des centres en
termes de qualité. Cette partie se conclut par un tableau de
synthèse « Les usagers et les différentes
utilisations du baromètre de satisfaction » (Tableau 2).
3 – Le questionnaire : un outil simple et efficace, pour mesurer la satisfaction
Le questionnaire satisfaction est le document servant à
recueillir le sentiment et les suggestions des patients et
résidants, ainsi que des familles de ces derniers. Les
données ainsi recueillies permettront de mesurer le niveau de
satisfaction dans les établissements du groupe et
d’entreprendre des actions de progrès.
Dans le cas de MEDICA France, les difficultés physiques et
parfois mentales des résidants à remplir un questionnaire
et les attentes de la direction générale nous ont conduit
à établir un questionnaire très court de dix
questions principales dont les thèmes sont conformes aux
obligations légales et respectent les recommandations de
l’ARH.. Mais même dans ce cas et en étant
aidés, beaucoup seront incapables de le remplir (surtout dans le
cas des LS). Pour avoir un avis extérieur, il faudrait demander
aux familles, mais celles–ci sont souvent peu présentes
auprès de leur parent placé en EPHAD. De plus, elles sont
souvent dans des états peu sereins par rapport à ce
placement (sentiment de culpabilité par exemple).
Par ailleurs il est délicat demander aux familles sans demander,
formellement, aux résidants leur avis sur leur sentiment de
satisfaction. Il y a des susceptibilités de toutes sortes
qu’il faut éviter pour ne pas blesser. D’un autre
côté il faut que la gestion du questionnaire et de son
administration reste simple.
Cette partie étudie les atouts et les handicaps des
différentes possibilités (Tableau 3) et conclut sur
l’envoi par vagues (1 à 2 fois par an) d’un
questionnaire en deux exemplaires, l’un a destination du
résidant, l’autre de la famille, accompagnés chacun
d’une lettre spécifique de présentation (un
avant-projet figure en annexe).
Dans les établissements de court séjour, la situation est
plus simple puisqu’on peut supposer qu’en étant
aidés, tous les patients peuvent le remplir. On le leur fera
remplir à la sortie, en accordant l’attention qu’il
faut pour avoir un bon taux de retour.
CONCLUSION ET PROSPECTIVE
Cette étude constitue un préalable à la mise en
place d’une démarche d’évaluation
régulière de la satisfaction des clients du groupe MEDICA
France. Elle avait pour but, d’une part, de dresser un panorama
des attentes et des besoins à prendre en compte sur le
thème de la « satisfaction du client » et,
d’autre part, de définir les conditions de mise en place
effective d’un outil, simple et efficace, pour la suivre dans les
établissements. À l’issue de cette étude, il
est possible de souligner plusieurs axes de travail.
4.1 – La mise en place effective du baromètre de satisfaction
La direction générale de MEDICA France a pour objectif
que la mise en place effective du baromètre soit
réalisée d’ici fin 2000, ce qui peut paraître
un délai relativement court compte tenu du nombre
d’établissements concernés. Il faut, notamment,
encore mettre en place le système informatique et mettre en
place le processus d’administration et la gestion des envois et
retours des questionnaires au sein des établissements. Si tout
se passe bien, les premiers résultats devraient donc être
disponibles au cours du premier trimestre 2002.
A ce stade, il demeure encore beaucoup d’inconnus sur les
résultats que donnera le questionnaire, aussi bien en termes de
satisfaction sur les différents thèmes retenus
(degré de satisfaction moyen, et variabilité par rapport
à la moyenne entre les résidants d’un même
centre et entre les centres), qu’en termes de taux de
réponse.
Pendant la phase de démarrage, l’interprétation des
résultats devra être effectuée avec
précaution. Il faudra peut-être adapter certains points du
questionnaire ou de son mode d’administration, ou tenir compte de
spécificités de centres. Un suivi étroit
mérite d’être fait.
Une attention particulière devra être accordée au
taux de réponses des familles. En cas de réponses trop
peu nombreuses, un chantier « famille » pourrait être
ouvert avec les Conseils de famille.
4.2 – Les usages actuels et futurs
Aujourd’hui la mise en place du baromètre de satisfaction
client se fait sous la pression qu’exercent, au niveau de la
direction générale, les actionnaires du groupe MEDICA
France. Ces derniers ont actuellement des soucis de communication
liés à une possible introduction en bourse dans les
années qui viennent. Cet élément
déclencheur cristallise autour de lui d’autres motivations
plus diffuses qui allaient également dans le sens de la mise en
place d’un baromètre. Ce rapport les a
détaillés : satisfaction des clients en leur demandant
leur avis, recommandations administratives, outil de management,
communication spécifique en direction des clients, de la tutelle
ou des prescripteurs.
Compte tenu de l’effort que demandera la mise en place du
baromètre et son fonctionnement (il implique les membres du
personnel dans les centres), il serait dommage de délaisser ces
aspects. De manière à en faire une utilisation optimale
dans la gestion quotidienne de la qualité dans les
établissements, un bilan de l’utilisation qui en est
effectivement fait devrait être effectué au cours de
l’année 2002, et une orientation plus précise
devrait être élaborée. La communication, aussi bien
au niveau des centres que de la direction générale, devra
être revue compte tenu non seulement des résultats mais
aussi de l’existence du baromètre.
Les enquêtes sur le terrain ont fait ressortir des questions et
des attentes plus larges que soulève l’existence
d’un questionnaire de satisfaction client. Quatre points
retiennent particulièrement l’attention :
1)
l’approche réelle de la satisfaction des résidants
qui sont dans un état trop faible pour pouvoir répondre
à un questionnaire. Une idée à approfondir,
émise par Christine Jeandel, pourrait être de
s’inspirer de la manière dont on suit leur
appréciation de la douleur.
2) la
satisfaction des membres du personnel est un élément
crucial dans le bon fonctionnement du baromètre. On a
relevé que la satisfaction réelle des résidants
est très liée à la bonne humeur qui anime le
personnel (les résidants la ressentant très bien).
Satisfaire le client, c’est aussi réussir à
satisfaire le personnel. Un chantier, de type management,
mériterait d’être ouvert de ce côté.
3)
l’implication des familles est un autre point clé. Les
personnes âgées sont très sensibles aux attentions
de leurs proches. Or ceux-ci bien souvent, dès qu’elles
constatent que leur parent est bien installé et a pris son
rythme, les voient progressivement de moins en moins. Les directeurs de
centre et beaucoup de membres du personnel notent avec regret cette
absence, qui est par ailleurs largement mentionnée dans la
littérature. Le questionnaire de satisfaction est un instrument
intéressant pour attirer l’attention des familles. Il
serait astucieux d’en tirer parti et d’ouvrir un chantier
sur les moyens de les impliquer.
4) il semble
pertinent de définir le niveau des objectifs de qualité
de chaque centre, de manière à ce que les jugements de
qualité soient mis en regard des moyens dont dispose un
établissement. Une idée à approfondir,
émise par Jacques Maestre, pourrait être d’attribuer
aux établissements un indicateur de qualité relative,
à l’instar des étoiles dans
l’hôtellerie.
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