Recherche effectuée pour le Commissariat Général du Plan, juillet 1997.
Par Faïz Gallouj.
Les travaux
sur les services ont connu ces dernières années, notamment en France, un essor
considérable marqué en 1994 par la publication d'un ouvrage majeurréunissant
les meilleurs spécialistes français de ce domaine, qu'ils soient économistes,
sociologues ou gestionnaires.
Les points
communs des différentes contributions de cet ouvrage sont les suivants :
1) le constat
de la difficulté ou de l'incapacité des modèles économiques standards à
rendre compte de manière satisfaisante de la production, de la consommation et
des marchés de service ;
2) la
reconnaissance unanime de l'importance fondamentale de la notion de relation de service. On glisse ainsi
d'une analyse traditionnelle de "l'économie des services" vers une
analyse de "l'économie des relations de service".
3) la
mobilisation de concepts et de théories conventionnalistes et évolutionnistes :
règles, normes, routines, réseaux, systèmes locaux, conventions, registres de
justification, cités et mondes de production...
Si un nombre
considérable de thématiques sont abordées (définition du produit, productivité,
qualification, internationalisation, etc.), une question théorique majeure fait
largement défaut dans cet ouvrage : celle de l'innovation dans les services.
Nous nous
appuierons dans ce travail sur des concepts et des méthodologies issus de deux
courants théoriques en plein essor : la théorie évolutionniste et la théorie
des conventions.
Ces
deux courants se sont développés indépendamment l'un de l'autre et
indépendamment de toute référence aux services. Le premier est essentiellement
anglo-saxon, le second est dominé par une Ecole française. Ces deux courants
constituent des tentatives d'effraction dans la boîte noire de l'entreprise.
Ils remettent en cause le postulat néoclassique de rationalité substantielle et
montrent les limites du mode de coordination marchand comme fondement du
comportement économique. Ils reconnaissent et construisent conceptuellement
l'hétérogénéité des organisations productives (taxonomies sectorielles des
formes de changement technique dans la théorie évolutionniste ; cités et mondes
de production dans la théorie des conventions). Nous examinerons plus en
détail, dans ce travail, les différents éléments et la nature exacte de leur
convergence réelle ou potentielle. Mais l'objet principal de notre réflexion
est la manière dont, dans leur convergence, ces deux courants théoriques
peuvent fournir les fondements d'une grille d'analyse, voire d'une théorie, de
l'innovation dans les services.
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